Ma lettre ouverte à Affi et Sangaré

La Côte d’Ivoire vit un multipartisme marron. Face à une coalition au pouvoir qui se bat pour confisquer le pouvoir d’État et qui a verrouillé le processus électoral, une Opposition moribonde et émiettée. Le FPI qui demeure la principale force de l’Opposition, est en crise. Et pour sauver la démocratie, je rédige cette lettre ouverte pour interpeller les deux leaders des deux camps: Affi et Sangaré.  

Pascal Affi N’Guessan et Abou Drahamane Sangaré, le Pouvoir manœuvre pour vous maintenir divisés au moyen de divers subterfuges – ce sont des os à ronger qu’il vous lance – dont vous vous accaparez pour accabler l’un et l’autre et le traiter de tous les noms d’oiseau. A votre propre insu ou avec votre complicité, Ouattara vous manipule et vous instrumentalise, pendant qu’il est en roue libre.

Le pouvoir a dispersé à coups de gaz lacrymogènes la marche du FPI, tendance Sangaré.

Vos manifestions désordonnées du 22 mars 2018 devraient vous faire réfléchir. Si l’une a été autorisée et l’autre interdite, vos deux activités politiques ont connu le même sort: elles ont été dispersées manu militari, à coups de gaz lacrymogène et de matraque.

Ainsi, le pouvoir se moque et rit de vous. Et comme on le dit en Côte d’Ivoire, ya rien.

Cette seule image du mépris souverain des autorités pour vous devrait ou doit fouetter votre orgueil et vous inviter instamment à mettre carte sur table. Jusqu’à quand allez-vous continuer le gâchis politique? Jusqu’à quand allez-vous continuer de mener cette stupide et stérile guerre fratricide qui fait le bonheur du pouvoir et de vous, la risée de tout le monde?

Pascal Affi N’Guessan a pu délivré son message aux journalistes mais son sit-in devant la CEI a été gazé.

Je pense qu’il est temps, grand temps, Affi et Sangaré, de vous mettre face à vos responsabilités. Et permettez que, l’un et l’autre, je vous tutoie.

Cher Affi, reconnaissons ensemble que la division du FPI est de ton seul et unique fait. Tout comme Laurent Gbagbo n’avait pas pris la pleine mesure de la menace rebelle hébergée au Burkina Faso, tu as joué avec le feu.

Si nous sommes d’accord, nous avons franchi un pas dans la bonne direction. Tout comme la situation que le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, Emile Boga Doudou, prétendait sous contrôle a hélas ! échappé au contrôle des autorités ivoiriennes le 19 septembre 2002, le FPI aussi t’a échappé.

Et les rodomontades du genre, «c’est la fronde qui vient vers nous», sont des pirouettes qui ne trahissent plus personne.

Tu as tenté et échoué dans l’épreuve de force que tu as engagée contre les apparatchiks du parti, dont tu voulais te débarrasser à l’effet d’imprimer ta marque personnelle et ton empreinte au parti.

Le jeu de l’entrisme d’Affi a frisé la collaboration avec le pouvoir.

Alors, pour réaliser cette ambition légitime, tu es allé dans tous les sens pour espérer être le tout-puissant patron du FPI. Tu as été prêt à tout.

Tu t’es réfugié derrière la Justice, désavouant les Instances du parti, pour être maintenu président sans la caution des militants. Tu t’es élevé contre des décisions du Comité central pour exécuter ton agenda personnel dans un jeu de l’entrisme qui a frisé la collaboration. Au point que tu es accusé d’être de mèche avec le pouvoir pour jeter tes camarades en prison.

C’est pourquoi ta camarade Marie-Odette Lorougnon, vice-présidente du parti, mettait en garde: «Nous ne devons pas blanchir les dents de notre adversaire!».

Tu as voulu provoquer la chance. Elle ne t’a pas souri et semble t’avoir tourné le dos. Reviens donc à la raison.

Jacob Zuma a été contraint par l’ANC, son parti,de démissionner de la présidence de la République. Il s’est exécuté par discipline.

Tu as aujourd’hui la tête. Mais le corps du parti est hors de ton contrôle. Tout comme Gbagbo qui a remué ciel et terre pour essayer de trouver une issue à la crise politico-armée, tu dois accepter de consentir des sacrifices, d’immenses sacrifices.

Te rappelles-tu les propos de Jacob Zuma tenus le 14 février 2018, alors qu’il était contraint par son parti, l’ANC, de démissionner de la présidence de la République d’Afrique du Sud? «Aucune vie ne devrait être perdue en mon nom. L’ANC ne devrait jamais être divisée en mon nom», a-t-il déclaré pour refuser tout bras de fer, assurant avoir «toujours été un membre discipliné de l’ANC».

Tu dois prendre de la hauteur en faisant tout pour laisser en héritage un parti uni que Laurent Gbagbo t’a cédé en 2001.

Le Congrès extraordinaire de mama en avril 2015 n’a pas joué l’apaisement. Il a exclu Affi.

Quant à toi Sangaré, tu es, selon la légende, «le Gardien du temple». Pendant que Gbagbo, « l’autre toi», est en détention, son «temple» est en feu et tu participes gaiement à attiser les flammes.

Au Congrès extraordinaire que tu as organisé le 30 avril 2015, à Mama (village de Gbagbo), tu n’as pas joué l’apaisement en faisant exclure Affi du parti. C’est une décision suprême qui a brûlé les sanctions intermédiaires (avertissement et blâme).

En 1992, le parti n’a pas été radical vis-à-vis des députés Gougnan Georges (Duékoué), Amon N’Cho (Adzopé) et Anon Atsé (Akoupé) qui, en compagnie de leur collègue Jean Séa Honoré, se sont rendus secrètement en France pour négocier avec Houphouët-Boigny la libération de Laurent Gbagbo emprisonné à la suite de la marche du 18 février. Ils ont été blâmés.

Malgré une adhésion populaire, Sangaré a échoué à rendre effectives les résolutions de Mama.

Mais dans le jusqu’au-boutisme ambiant, tu n’as pas les moyens de ta politique. Tu te révèles incapable d’appliquer les résolutions du Congrès extraordinaire de Mama. Affi continue de détenir logo et sigle du FPI et ta tendance se désigne désormais  sous le vocable  «le parti de Gbagbo». C’est une lourde défaite politique.

Alors tu t’abrites dans «la rancune» que tu revendiques, pour t’installer dans la politique de l’autruche. Tu vagabondes ainsi d’une alliance conjoncturelle comme la Coalition nationale pour le changement (CNC) à une plate-forme sans véritable lendemain comme Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS).

C’est une politique de courte vue.  C’est une navigation à vue quand on sait que la pétition internationale pour la libération de Gbagbo a tourné en eau de boudin.  .

Cette action de communication politique n’a pas été capitalisée parce qu’elle a tourné en eau de boudin.

Affi est peut-être à la tête d’une faction minoritaire. Mais tu aurais tort de penser qu’il est seul. Le disque du genre «c’est Affi seul qui est exclu», est rayé. La mayonnaise ne prend pas car ceux qui sont avec lui, continuent de se reconnaître en lui et ne se privent pas de défendre sa chapelle. Bec et ongle.

Et puis récolter 9% à une présidentielle peut paraître dérisoire à tes yeux; mais dans un contexte de contre-campagne exacerbé et de diabolisation tous azimuts, c’est un score qui doit être pris au sérieux.

Gbagbo lui-même disait: «Je n’ai pas besoin de militants; j’ai besoin d’électeurs». N’oublie pas que, quel que soit leur nombre, Affi draine aussi des électeurs qui peuvent renverser le cours d’une élection.

Après une alliance hasardeuse à la CNC, Sangaré (en rouge) compose aujourd’hui avec EDS.

C’est vrai, tu as aujourd’hui le corps, mais tu n’as pas la tête du FPI. Reviens donc à la raison.

Le philosophe grec Héraclite d’Ephese disait : «Tout coule, rien n’est stable». Corps et tête du FPI, vous êtes la langue et les dents du parti. Affi et Sangaré, je sais que vous le savez. Mais prisonniers de violents courants contraires et des querelles intestines, aucun d’entre vous ne veut faire de concessions, chacun restant figé sur sa position.

Toutes les tentatives de conciliation et de réconciliation ont ainsi échoué. La section africaine de l’International socialiste a même mordu la poussière face à vos nombrilismes et intransigeances.

Les citations célèbres de Gbagbo ont fait l’objet d’un ouvrage intitulé: Asseyons-nous et discutons.

Alors, à moins d’être vous-mêmes les meneurs, fermez la porte à double tour aux va-t-en guerre, aux trouble-fêtes et aux pécheurs en eau trouble. C’est le virus hémorragique à virus Ebola qui tue les retrouvailles entre camarades.

Alors, mettez-vous au-dessus des contingences actuelles et parvenez à vous unifier ou réunifier pour déloquer le parti. Mettez humblement balle à terre,  refoulez courageusement orgueil et amour propre.

Un artiste reggae ivoirien, Beta Simon, l’a chanté: «La politique, en tout cas, c’est le sang froid». Tirez ainsi une épine du pied de Gbagbo en fumant le calumet de la paix. Au nom de son célèbre slogan: Asseyons-nous et discutons. Que vos adversaires politiques dont le PDCI-RDA appliquent avec bonheur.

Entre Sangaré (à g) et Affi, la complicité est appelée à revenir pour sauver la démocratie.

Car face à un RHDP qui veut cahin-caha se construire en une force politique redoutable, la Côte d’Ivoire a besoin d’un FPI uni, locomotive d’une Gauche qui devrait constituer une grande force de contrepoids. Pour équilibrer le jeu politique et garantir un multipartisme dynamique en Côte d’Ivoire. Afin que le parti unique, qui pointe du nez avec des compétitions électorales à sens unique et un processus électoral cadenassé, ne ressuscite plus en Côte d’Ivoire.

Et, en espérant vivement n’avoir pas prêché dans le désert et empruntant la formule des avocats, je conclurai par «j’ai plaidé».

Fait à Abidjan le 25 mars 2018

FERRO M. Bally

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6 commentaires sur “Ma lettre ouverte à Affi et Sangaré

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  1. Si l’orgueil de Affi pouvait le lâcher un instant, la Côte d’Ivoire gagnerait. Il est le plus jeune, il connaît Monsieur Sangaré et donc en bon africain il doit s’assagir. Le pouvoir actuel n’a pas besoin de son soutien, c’est tout simplement honteux ce à quoi nous assistons avec lui.
    Monsieur le journaliste, vous avez vraiment plaidé.

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  2. Lecteur assidu de vos articles, je pense que sur ce dernier vous avez essayé de couper la poire en deux. Souhaitant comme vous, la fin des tensions dans ce parti, je pense que le retour de la paix, incombe plus à Affi qu’à Sangaré. Pourquoi ? Vous savez, aussi simple que cela puisse paraître, la volonté d’Affi de s’imposer aux instances du parti était une attaque au cœur du parti. Si cette manœuvre d’Affi était passée, ce parti aurait perdu son ADN (respect de ses textes et parole libérée), et serait devenu une pâle copie du PDCI. D’ailleurs, concernant ce dernier, vous êtes sans ignoré que l’arrêt de la grève de la faim des prisonniers de Bassam, des évènements du 6 février 1949, sur demande d’Houphouet et non du parti, a été l’acte par lequel l’égalité stricte entre la parole du chef et les textes du parti a été établie. Jusqu’aujourd’hui, contesté une décision du chef, dans ce parti, relève de la gageure.
    Affi a mal fait. C’est humain. Qu’il l’assume et en tire toute les conséquences, car tout est parti de lui. Lui seul, doit appeler ses amis à la raison et leur expliquer l’importance de rentrer dans les rangs. Cela le grandirait beaucoup plus que, le rôle de Tanor Dieng ivoirien, qu’il veut inconsciemment camper. Au niveau où il est, il devrait savoir que s’il y a un endroit où la résurrection est aussi une réalité sur cette terre, c’est bien le milieu politique, et, l’histoire de Don Mello est là pour nous le rappeler.

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